PARC NATUREL REGONAL DE CAMARGUE

 

 

Association pour Salin Commune

Anciennement association STOP - Salin Traditions Ouvertures Projets

 

10 rue du Bois –  BP 19 – 13129 Salin de Giraud – salin.commune@orange.fr

 

Monsieur Hervé Schiavetti

Président du Parc Naturel Régional de Camargue

 

Salin de Giraud le 12 février 2009

 

Nos Réf. : 09-010

Objet : Réactions de notre association sur l’avant projet de charte du PNRC.

 

Monsieur le Président,

 

Depuis trois ans notre association participe activement à la gouvernance du Parc Naturel Régional de Camargue en dépêchant ses représentants dans quatre commissions permanentes « Administration générale, finances et communication », « Gestion de l’eau et des milieux aquatiques, pêche et chasse », « Tourisme durable », « Architecture, Urbanisme, Paysages, Énergie », ainsi qu’au Conseil du Parc.

De même, nous participons depuis deux ans aux travaux d’étude de la future charte du PNRC dans les groupes thématiques n°2 « Évolution des activités économiques pour un développement durable du territoire » et n°5 « Aménagement du territoire, intercommunalité, coopération », ainsi que dans la commission géographique de Salin de Giraud.

 

C’est donc avec légitimité et connaissance des problèmes et des enjeux du territoire de Salin de Giraud, que nous vous faisons part de nos importantes réserves portant sur l’avant projet de charte du PNRC.

 

1          Nouveau périmètre géographique du PNRC

 

En 1990, lors de la construction de l’autoroute « Arles – Nîmes » et du pont autoroutier qui ont déchiré le Nord du PNRC, aucune association écologiste, ni aucun défenseur de la nature garant de la richesse environnementale Camarguaise, pourtant inscrite au patrimoine de l’humanité, n’avait opposé de refus à cette incroyable atteinte à l’environnement et à l’intégrité du territoire du parc de Camargue !

 

En 2009, notre association s’opposera catégoriquement à l’amputation complaisante d’un seul mètre carré du territoire actuel du PNRC afin de laisser libre cours à la construction d’un pont autoroutier au Sud d’Arles, alors que dans le même temps le PNRC s’oppose depuis des dizaines d’années à la construction d’un pont à deux voies entre Salin de Giraud et Port Saint Louis du Rhône, accélérant ainsi en toute connaissance de cause le déclin de Salin de Giraud.

 

Notre association n’acceptera jamais que la nouvelle charte du PNRC officialise ces deux analyses parfaitement contradictoires sur des enjeux similaires de franchissement du fleuve au Nord ou au Sud du territoire du PNRC.

2          Réfection des digues & culture du risque (chapitre 1.2.3.1)

Chaque matin, la très grande majorité des habitants de Salin de Giraud exerçant une activité professionnelle se rendent sur le bassin d’emploi de Fos / étang de Berre en empruntant les bacs de Barcarin.

Depuis l’arrêté préfectoral du 10 décembre 2004 dit des « plus hautes eaux navigables » (PHEN), les bacs de Barcarin ont interdiction absolue de naviguer en périodes de fortes crues, au delà de 6 000 m3/s mesure à Beaucaire. Le niveau de PHEN a été atteint 8 jours en 2003, 22 jours en 2002, 23 jours en 2001, 15 jours en 2000.

Ces jours là, les actifs doivent emprunter la RD36 jusqu’à Arles, puis rejoindre leur lieu de travail via la N113 et N568, ce qui constitue un handicap professionnel énorme.

Quant aux collégiens qui se rendent à Port St Louis par un service de ramassage scolaire, ces périodes de crues les mettent en situation d’échec scolaire.

La nouvelle charte prône « l’aménagement de portions de digues submersibles, de manière à soulager le risque de rupture et à orienter les eaux vers les secteurs les plus appropriés et de moindre enjeu socio-économique » ainsi que « l’élaboration d’un plan de gestion des eaux de surverse à l’intérieur du delta ».

Lors des prochaines périodes de fortes crues, la RD36 qui longe sur près de 40 Km le grand Rhône entre Salin de Giraud et Arles, risque probablement d’être submergée en cas de surverse volontaire du fleuve sur une zone d’expansion de crue.

Avec les bacs immobilisés et la RD36 coupée, Salin de Giraud sera alors totalement coupé du monde et accessible uniquement par hélicoptère pour traiter les seules urgences médicales ; une évacuation du village en cas de rupture franche de la digue du Rhône s’avérant pratiquement impossible.

La position de notre association sur ces enjeux est donc extrêmement claire :

·         Refus catégorique que les zones d’expansion de crues longent la RD36 entre Salin de Giraud et Arles, unique voie d'évacuation de la population.

·         Nécessité de prise de position du PNRC en faveur de la construction d’un pont de desserte locale à 2 voies (plus une piste cyclable) entre Salin de Giraud et Port St Louis du Rhône.

Les revendications de notre association se rapportent bien à des enjeux critiques de sécurité des personnes et de survie du village. Nous maintenons que la construction d’un nouveau bac ne change absolument rien à cette analyse.

 

3          Franchissement du Rhône

3.1         Amalgame entre le PNRC et le SMTDR (chapitre 3.3.1.2)

Notre association désire que disparaisse dans le texte définitif de la charte la confusion intentionnellement créée entre le PNRC et le Syndicat mixte des traversées du delta du Rhône (SMTDR) qui exploite les deux bacs de Barcarin.

Les logos des deux entités sont délibérément accolés et tendent à établir que le PNRC est partie prenante de ce mode de franchissement du fleuve qui est pourtant extrêmement éloigné des fondamentaux de la préservation du territoire, comme nous allons le démontrer ci-après.

 

De plus, chaque année pendant la première semaine du mois de mai, à l’occasion des « Journées de l’oiseau » qui se déroulent à Port St Louis du Rhône (manifestation organisée en partie par le PNRC), un des deux bacs est détourné de son usage normal pour faire traverser les touristes entre la « Tour St Louis » et le « domaine de la Palissade ». Il se trouve que cette période correspond aux premières affluences touristiques sur les plages et aux premières files d’attentes importantes à l’embarquement des bacs de Barcarin : le service à un seul bac augmentant l’attente des usagers d’une manière injustifiée et intolérable.

Nous ne voyons pas d’inconvénient à promener les touristes sur le Rhône, mais nous désirons que la future charte précise que le SMTDR devra louer un bateau mouche à cet effet, et cessera de détourner l’outil public de son unique destination au préjudice des Saliniers !

3.2         Modération énergétique (chapitre 3.3.3.1)

Le Grenelle de l’environnement a mis en évidence l’impérieuse nécessité de réduire au niveau national, d’une part la consommation injustifiée d’énergie fossile (en partie grâce à la modération énergétique), ainsi que l’urgence d’une dé-carbonisation des moyens de transport, les collectivités publiques et/ou locales étant enjointes à tenir un rôle d’exemplarité en ce domaine ; le PNRC fait plusieurs fois mention de ces objectifs généraux dans son avant projet de charte.

Malgré nos demandes réitérées dans les groupes thématiques lors les travaux préparatoires de l’avant projet de charte, le PNRC persiste à se comporter d’une manière volontairement schizophrène concernant les aspects énergétiques des deux bacs de Barcarin.

Notre association a présenté en novembre 2006 à la commission « Architecture Urbanisme Energie » du PNRC une étude intitulée « Les enjeux de la traversée du Rhône à Salin de Giraud » dans laquelle elle a démontré que la traversée du Rhône par un pont nécessiterait 70 fois moins d’énergie qu’un franchissement du fleuve par les bacs !

 

 

 

Avec une consommation de près de 800 000 litres de carburant par an (*), les bacs de Barcarin sont donc, et de très loin, les plus grands consommateurs-pollueurs de tout le territoire du PNRC, émetteurs de plusieurs milliers de tonnes de CO2 chaque année.

 (*) Source d’information officieuse fournie par le personnel du SMTDR car ces chiffres hautement confidentiels ne sont jamais publiés…

 

3.3         Trafic routier en Camargue (chapitre 3.3.1.2)

Le Conseil Général des BdR a démontré les points suivants dans son « Dossier d’évaluation de l’intérêt de la réalisation d’un pont à Barcarin » (mars 2004) :

 

a)      L’entrée par Salin de Giraud représente moins de 10% de la pénétration quotidienne totale de véhicules en Camargue et le trafic de véhicules sur les bacs de Barcarin n’augmente plus depuis 2002.

b)      80% des usagers du bac sont des habitants du village ; 10% du trafic annuel s’oriente vers la plage de Piémanson en période estivale ; les 10% des véhicules restants vont vers Nord de la Camargue, ou sont en transit.

c)      L’analyse comparative des temps de parcours entre la N568 / N113 (quatre voies entre Fos et Arles) et la RD 36 (départementale entre Salin de Giraud et Arles) fait apparaître que la mise en service d’un pont de desserte locale ne rendra en aucun cas plus attractif cet itinéraire pour un trafic de transit. Donc l’accès par le pont de Barcarin continuera à assurer essentiellement du trafic local. De plus, un arrêté municipal d’interdiction du transit PL dans Salin de Giraud (hors desserte locale) suffirait à se protéger contre un accroissement de trafic en Camargue.

3.4         Fréquentation des plages (chapitre 3.3.1.3)

Certaines thèses diffusées par le PNRC prétendent que les bacs de Barcarin ont un effet régulateur sur l’afflux touristique en Camargue et à la plage de Piémanson pendant la période de forte affluence estivale.

Nous constatons une fois de plus que le PNRC tient un discours incohérent sur ce dossier :

·         car la sur-fréquentation anarchique de la plage de Piémanson prouve chaque été que les bacs n’ont jamais eu aucun effet contre ce que le PNRC qualifie de catastrophe sanitaire et écologique !

·         car la majorité des utilisateurs de Piémanson proviennent du Nord de la Camargue sans emprunter les bacs de Barcarin : Arles, Vaucluse, Gard, …

·         car le PNRC propose la normalisation de Piémanson par un aménagement de l’accès à la plage sans aucun rapport avec les bacs de Barcarin, sur le modèle de ce qui a été fait pour l’accès aux plages de Port St Louis du Rhône et des Saintes Maries de la Mer.

3.5         Coûts de fonctionnement (chapitre 3.3.1.2)

Les bacs sont financés par le Conseil Général (60%) le Conseil Régional (34%) et la ville d’Arles (6%). Les données budgétaires des bacs font état d’un budget de fonctionnement 2006 d’environ 3,2 millions d’euros avec un déficit d’environ 2,5 millions d’euros, déficit en constante augmentation d’une année sur l’autre.

L’étude réalisée en 2004 par le Conseil Général sur la construction d’un pont à Barcarin prévoit un investissement de l’ordre de 20 millions d’euros pour la construction d’un pont à deux voies (plus une piste cyclable) et d’un budget de fonctionnement du pont de 100 000 euros.

La construction d’un nouveau bac et de 2 nouvelles passerelles (investissement prévisionnel 15 millions d’euros avant dépassement) avec une durée de vie de 20 ans de 2010 à 2030, va donc entraîner sur vingt ans un coût total de fonctionnement des bacs de 83 millions d’euros, contre 2,5 millions d’euros pour un pont ! (avec une hypothèse d’inflation de 2% par an)

Les chiffres démontrent donc que les bacs de Barcarin ont un coût de fonctionnement 33 fois plus cher que ne couterait un pont, et que ce sont les citoyens contribuables qui comblent ce trou financier sans fond !

Notre association défend l’idée que la préservation du patrimoine naturel Camarguais n’a pas de prix, mais que ce ne sont pas les bacs qui y contribuent. En période de crise, il est urgent de ne plus faire endurer aux collectivités une telle charge financière, alors que tant d’autres besoins ne peuvent pas être satisfaits par manque d’argent (la lutte contre l’érosion du cordon littoral Camarguais par exemple).

3.6         Respect des citoyens (chapitre 3.3.1.2)

Il est tellement évident que les bacs de Barcarin entravent la continuité territoriale et le droit à la libre circulation des citoyens que les habitants de Salin de Giraud oublient même certains jours de s’en rendre compte.

Les Saliniers apprennent dès leur naissance « l’heure du bac » : A quelle heure est le prochain bac ? Il faut rouler vite pour ne pas rater le bac sinon on devra patienter 15 à 30 minutes devant un feu rouge ! Il ne faut surtout pas rater le dernier bac avant l’interruption de service la nuit, sinon on devra remonter à Arles par RD35 puis revenir par la RD36 (contournement de  80 Km ), etc…

Seuls les Saliniers connaissent ce stress permanent, facteur d’accidents de la route, qui les fait maudire le bac. C’est pour cela qu’il existe une telle rupture entre les usagers occasionnels des bacs (dont font évidement partie les chargés de mission du PNRC) pour qui la traversée du Rhône est un dépaysement joyeux une fois par an, et les Saliniers qui vivent tous les jours les attentes forcées au feu rouge, souvent avec fatigue et lassitude, et parfois avec des envies de révolte.

 

Un nombre significatif d’habitants découragés déménagent chaque année à l’Est du Rhône, en retirant leurs enfants de l’école, ce qui accélère le dépeuplement et le vieillissement du village.

 

Le service public des bacs est inefficace (arrêt nuit, arrêt PHEN) et totalement frustrant : attentes aux feux rouges, files d’attentes importantes d’avril à septembre, horaires insatisfaisants et maltraités en permanence, heure du prochain passage (qui est pourtant une indication essentielle) ne figurant même pas sur les panneaux d’affichage interactifs, …

L’avant projet de charte du PNRC mentionne donc une amélioration de la qualité de service des bacs de Barcarin avec des arguments complètement infondés et bien sûr une totale ignorance de la réalité du quotidien.

3.7         Respect de la Loi (chapitre 1.1.1.2)

En novembre 2003, notre association a soulevé un problème majeur de non respect de la sécurité civile sur le transport de passagers par les bacs en périodes de crues (PHEN) et en a immédiatement informé le Préfet des Bouches du Rhône et le Préfet maritime. Appuyée sur ce dossier par le service des Voies Navigables de France, le fonctionnement des bacs a été enfin ramené dans la légalité lors de la crue millénale de décembre 2003.

Notre association pose donc ouvertement la question de confiance envers les responsables et dirigeants du SMTDR qui ont sciemment laissé naviguer les bacs de Barcarin lors des deux grandes crues de septembre et novembre 2002 (10 200 m3/s et 9 500 m3/s mesure à Beaucaire), alors qu’ils savaient parfaitement qu’ils étaient hors la Loi et faisaient courir des risques vitaux aux usagers, et pire encore, qu’ils reprochent publiquement à notre association (encore de nos jours) de les avoir forcés indirectement à respecter la Loi.

3.8         Respect de la Démocratie (chapitre 3.3.1.2)

Notre association a organisé en juin 2003 un référendum local qui aurait normalement dû être pris en charge par les élus locaux depuis des décennies.

Le résultat de ce référendum (oui au pont à 86,7%, oui a un nouveau bac à 13,3%, taux de participation de 60%, dépouillement sous le contrôle de Philippe Martinez adjoint Spécial de Salin de Giraud) a permis à la population d’exprimer son besoin d’un pont à Salin de Giraud, mettant ainsi un terme à 100 ans d’indifférence des élus.

L’ensemble de ces faits (référendum + respect des PHEN) a pu éclairer le Conseil Général des BdR qui a adopté à l’unanimité la délibération n°22 du 25 juin 2004 favorable au principe de la construction d’un pont entre Salin de Giraud et Port Saint Louis du Rhône.

3.9         Egalité de traitement (chapitre 3.3.1.2)

            De nombreux ponts desservent déjà le Nord et l’Ouest de la Camargue :

-          deux ponts entre Arles et Trinquetaille,

-          deux ponts entre Trinquetaille et Fourques,

-          deux ponts entre St Gilles et Saliers,

-          un pont à Sylveréal pour circuler entre les Stes Maries et la petite Camargue,

-          un pont autoroutier (et bientôt un deuxième).

Le PNRC doit donc désormais s'attacher à réparer l’injustice historique qu’il a contribué à maintenir (par la charte de 1998) dans l’inégalité de traitement entre les habitants du Nord et de l’Ouest de la Camargue qui possèdent déjà 7 ponts pour franchir le Rhône, et ceux de Salin de Giraud et Port St Louis qui réclament depuis 100 ans la construction d’un moyen de franchissement normal du fleuve, c'est-à-dire un pont de desserte locale à Barcarin.

3.10     Synthèse.

En conclusion, les bacs de Barcarin constituent un des rares contre exemple d’un moyen de transport en commun BIEN PIRE que la somme des moyens individuels qui lui seraient substitués pour franchir le Rhône, aussi bien au niveau environnemental que financier, ainsi que sur la qualité de service public, la continuité territoriale, la sécurité civile.

Notre association s’opposera donc catégoriquement, et par tous les moyens, à une charte du PNRC qui passerait sous silence nos arguments sur le franchissement du Rhône entre Salin de Giraud et Port St Louis.

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Commentaires (2)

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